-------- Message transféré --------
Sujet :
Témoignage.
Date :
Mon, 25 Apr 2016 22:24:31 +0000 (UTC)
De :
Caroline Berthet <berthetcaroline@yahoo.fr>
Répondre à :
Caroline Berthet <berthetcaroline@yahoo.fr>
Pour :
Claude Silvano <csilvano@free.fr>

Bonjour,
  Comme vous me l'avez demandé, voici mon témoignage sur mon internement.
  Après une TS médicamenteuse j'ai été internée à l'hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay pendant sept mois et demi, dont cinq mois en chambres d'isolements.
  Admise au départ dans un service dit "ouvert", j'ai été transférée en chambre d'isolement dans un service pour adolescents sordide. Service vétuste et la chambre d'isolement  est "moyenageuse". 
  Par la suite, je fus transférée dans un service plus pénitentiaire que psychiatrique. Service nommé U.P.A ( Unité pour Personnes Agitées ). Lorsque je suis arrivée dans ce service, un infirmier ( si on peut appeler cela un infirmier...), m'a accueillie avec un détecteur de métaux. Puis, on m'a mise dans une pièce dotée d'une caméra appelée "parloir". L'infirmier en question m'explique que je vais être mise en chambre d'isolement pendant trois jours pour observation. Puis il m'explique et me fait signer le règlement qu'évidemment je ne comprends pas étant littéralement sous l'emprise des médicaments psychotropes. Une fois cela fait, il regarde son collègue avec un sourire narquois et dit :" Bon, on va appeler les filles parce-qu'on sait jamais t'es un peu pervers !". Deux femmes sont entrées et m'ont demandé de me déshabiller. Ce que je fis. Je me retrouvais donc en slip, chaussettes sous l'oeil attentif de la caméra. Elle m'otèrent  ma ceinture et les lacets de mes chaussures. Elles me demandèrent ensuite d'enfiler un pyjama bleu et je fus enfermée dans une chambre d'isolement. Mes affaires avaient été soigneusement fouillées et je fus dépossédée de tout. En effet, mes clefs d'appartement, mes papiers, mon argent et mon téléphone portable partirent dans le coffre de l'hôpital. Tant que nous sommes en chambre d'isolement, les visites sont interdites. La chambre est évidemment équipée d'une caméra, mais quelle ne fût pas ma surprise de voir que les sanitaires étaient aussi équipées d'une caméra ! Je compris bien vite que dans ce service, nous perdions toute intimité, dignité et identité. 
  Finalement je restais bien plus de trois jours enfermée dans cette chambre. Une nuit je sonnais à l'interphone pour les infirmiers de nuits m'ouvre la porte des toilettes. Après plusieurs appels, personne ne vint. Je me suis donc fait pipi dessus. J'attendais les infirmiers non sans appréhension, car j'avais peur de leur réaction. Quand ils sont arrivés, je leur ai donc expliqué que j'avais sonné plusieurs fois, mais que personne ne m'avait répondu. L'un a regardé son collègue en rigolant et dit : " Ah ben oui, on était dans la télé!". Personnellement je n'ai pas trouvé cela drôle du tout. Bref, je fus donc ensuite transférée à la clinique des Lumières à Lyon. Là aussi, il y aurait beaucoup à dire sur ces cliniques privées qui pour des prix plus qu'excessifs prétendent apporter d'autres méthodes  de soins ! Là-bas j'eus de fort trouble de la marche, je n'arrivais plus à mettre un pied devant l'autre et j'éprouvais d'énormes difficultés à écrire. Je restais donc la majeur partie de mon temps dans la chambre. J'étais en proie à de fortes crises d'angoisse tout cela à cause des médicaments que je prenais. Je fus donc rapatriée sur le Puy dans le service où j'étais auparavant c'est-à-dire l'U.P.A. Je fus remise en chambre d'isolement pour plusieurs jours. Puis je passais du côté qu'ils nomment " soft" (avec beaucoup d'humour...). Dans cette partie du service, toujours équipé de caméras dans ses moindres recoins, nous sommes dans des chambres toujours fermées à clefs équipées elles aussi de caméra, mais cette fois les sanitaires ne sont pas équipés de caméra.Mais cela n'empêche pas les infirmiers(ères), et aide-soignant(es) de venir défiler dans la salle de bain pour nous humilier ou nous engueuler lorsque nous mettons trop de temps pour nous doucher. Par deux fois par exemple une aide-soignante est venu m'humilier alors que je sortais tout juste du "coma" et que j'avais perdu énormément de kilos s'en trop savoir pourquoi (13 au total). La première fois elle me dit: " Mme Berthet, qu'est-ce que l'on va faire de vous ? J'sais pas moi, dit-elle d'un regard dédaigneux, surtout que c'est de pire en pire !", et elle claqua la porte. Une autre fois, j'en pouvais plus, j'étais à bout physiquement et moralement, alors je me mis à pleurer pendant que je me lavais les cheveux. Elle entra et me voyant pleurer, elle me dit :" Vous pleurez ? Mais pourquoi vous pleurer ?! Puis en haussant une épaule, "Ah ben oui remarquez c'est normal !" et claqua la porte. Que répondre à cela ? Dans ce service nous avons droit à une demie heure de visite par semaine dans le parloir. (J'avais droit à une heure car ma mère venait de St-Etienne ), et à un coup de fil donné, un coup de fil reçu ( enfin quand ils veulent bien vous faire le numéro...). Nous passons donc de longues heures à déambuler dans les couloirs, dans la cour fermée ou bien à rester assis toute la journée sur des sièges plus qu'inconfortables. Comme je vous l'ai dit, je souffre de potomanie ( fait de boire de grandes quantités d'eau ), c'est ce qui a justifié ma mise en isolement. Mais cette denière ne se calmant pas, le psychiatre du service décida donc d'introduire de l'Haldol en plus de mes traitements. C'est à partir de ce moment là que je fus victime d'un surdosage de neuroleptiques. Je fus donc réanimée car j'ai fait un Syndrome Malin des Neuroleptiques doublé d'un symptôme extra-pyramidal. Ce qui me valut cinq jours d'hospitalisation à l'hôpital du Puy. Depuis, j'ai un pied paralysé et qui plus est très douloureux ( douleurs neuropathiques ). Dans ce service, je fus jugée deux  fois par le juge des Libertés et de la Détention avec avocat commis d'office afin qu'il renouvèle  mes HDT. La deuxième fois, le  compte rendu du jugement dit que je ne suis plus en état de prendre une décision ! En effet, étant hyper médicamentée, je ne suis pas en état  de grand chose.
   Je fus ensuite transférée dans un autre service fermé pour subir des électrochocs. ( J'appelle cela de l'acharnement thérapeutique ). Au départ, j'étais dans une chambre normale. Un jour une infirmière plus que maltraitante envers les patients, me tira hors des toilettes et me reconduisit dans ma chambre. Je lui dis que j'avais envie d'aller toilettes et que c'était urgent. "Ah ben non, me répondit-elle, j'ai fermé tous les toilettes à clefs. Voyez, à cause de vous, les autres patients ne peuvent plus aller aux toilettes !"  Je lui dis: " Non mais là, je vais me faire dessus !" Elle me rétorqua:"  Eh ben faites vous dessus comme ça je verrais ce que vous faites !" Je fis donc mes besoins dans le lavabo. Une autre fois alors que je pleurais au petit déjeûner, elle me tira par le bras, et me mis à part dans une autre salle pour que je pris le petit déjeûner à l'écart des autres en me disant " Bon vous arrêter de  pleurer maintenant ça suffit !". Bref, buvant encore beaucoup d'eau, je fus remise en chambre d'isolement. Je devais frapper à la porte cette fois pour que l'on m'emmène au toilettes. Par trois fois, je me suis fait "jeter" avec des mots comme " Ben retenez-vous, ça éduquera vos sphincters !". Par trois fois donc je dus faire mes besoins par terre sous la caméra. Bien sûr lorsqu'on dégnait enfin m'ouvrir la porte, on me jetait négligemment un drap ou une serviette de toilette par terre pour que je nettoie. C'est à partir donc de plusieurs conflits avec le personnel que je décidais de faire  un jeûne et de refuser tout traitement. Dans ma chambre, on finit par me mettre une chaise pot. Chaise pot que je devais vider moi-même   évidemment. Je passais donc toute la sainte journée et la nuit avec mes excréments et/ou vomissements.  L'odeur dans ma chambre était nauséabonde. Les week-end et pendant pratiquemment toutes les vacances d'été, le personnel était en service restreint. Nous avons donc vécu dans la saleté pendant plusieurs mois manquant de tout ou presque: papier toilette, savon, etc. Des patients démunis n'étaient pas lavés ni changés pendant plusieurs semaines. Je dus me battre pour sortir, obtenir les examens médicaux qui avaient été faits. Par deux fois, une infirmière de nuit tenta de me voler la pochette dans laquelle j'y avais mis mes papiers, HDT, compte-rendus  d'audience, téléphone et un cahier dans lequel je con, signais par écrit ce que je voyais. Au retour de ses vacances, le psychiatre qui me suivait me fit passer de véritables interrogatoires durant lesquelles il me menaça de me faire enfermer, une autre fois, il me dit que ma mère avait appelé pour renouveler  l'HDT. Or, lorsque je téléphonais à ma mère, elle me dit qu'elle n'avait pas appelé le psychiatre. Plus tard, je me rendis compte que j'avais des HDT non signées et que je suis sortie bien au-delà du dernier jour de ma dernière HDT. Bien sûr au départ, je suis sortie avec une obligation de soins sans consentement.
  Voilà, j'espère n'avoir rien oublié dans ce témoignage  et qu'il apportera une pierre de plus à l'édifice. Encore aujourd'hui, comme je vous l'ai dit au téléphone, j'ai bien du mal à me remettre de cette hospitalisation douloureuse. Car oui nous sommes bien des victimes de la psychiatrie, de ces traitements, des décisions arbitraires des psychiatres et de leur égo surdimensionné, de la maltraitance du personnel. C'est pourquoi, il est vital qu'une association comme la votre existe  et que votre combat est juste. Je vous remercie donc d'avoir porté attention à mon témoignage et vous encourage à poursuivre votre combat.
   Avec toutes mes amitiés.
  Caroline Berthet.